
Une majorité féminine observée depuis 2022
Au moment d’écrire ces lignes, dans le parcours d’intégration en Brabant wallon, les femmes sont majoritaires : 454 femmes inscrites, contre 304 hommes. Ce constat, observé depuis 2022, reflète une réalité de terrain que nous suivons de près. Cette année-là, nous avons porté une attention particulière à ces données : de nombreuses femmes ukrainiennes sont arrivées sans leur époux resté au pays pour la guerre. Même si elles étaient exemptées du parcours d’intégration, beaucoup se sont inscrites volontairement, désireuses d’apprendre le français, de s’informer sur leurs droits et de trouver un repère dans un contexte nouveau et parfois difficile.
Cette dynamique souligne le rôle central que joue le parcours d’intégration dans la vie de nombreuses femmes : il constitue à la fois un espace d’apprentissage, un lieu de rencontres et un point d’accès essentiel à l’information et aux droits.6
Pourquoi les femmes sont-elles majoritaires ?
La majorité féminine ne relève pas uniquement du contexte ukrainien. Elle s’explique aussi par des réalités sociales et familiales constatées sur le terrain :
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Dans de nombreux ménages, monsieur travaille et peut, selon les cas, être exempté du parcours d’intégration.
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Madame reste plus fréquemment au foyer, souvent en charge des enfants et de l’organisation quotidienne du ménage.
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Certaines femmes doivent suivre le parcours parce qu’elles sont mariées à un citoyen belge, ou parce qu’elles sont arrivées seules en Belgique, une situation plus rare mais bien réelle.
Ces trajectoires expliquent en grande partie la forte présence féminine dans le dispositif. Pour elles, le parcours représente un levier d’autonomie et de repères, au-delà des obligations administratives.
Des obstacles concrets dans le quotidien
Les femmes s’engagent avec motivation, mais rencontrent des obstacles spécifiques qui peuvent compliquer le suivi régulier des cours et rendez-vous :
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Grossesse ou jeunes enfants
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Difficultés d’accès à une place en crèche
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Contraintes liées aux horaires scolaires (maladies, vacances, horaires de dépôt et récupération)
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Mobilité réduite ou dépendance vis-à-vis du conjoint pour les déplacements
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Besoin d’accompagnement pour les démarches administratives ou numériques
Ces contraintes ont également eu un impact concret sur la durée des parcours. Avec l’ancien décret, il était souvent difficile pour ces femmes de terminer leur parcours en 18 mois, ce qui a conduit à de nombreuses demandes de prorogation. Le nouveau décret, qui étend ce délai à 36 mois (sans possibilité de prorogation), pourrait simplifier leurs démarches, même si seul l’avenir permettra d’évaluer pleinement l’effet de cette mesure.
Samira, participante du parcours, témoigne : « Avec un enfant en bas âge et un bébé à venir, je pensais que ce serait impossible. Les aménagements proposés et l’obtention d’une prorogation m’ont permis de continuer sans devoir choisir entre ma famille et mon parcours. »
Le parcours d’intégration : un espace d’apprentissage et d’ouverture
Pour beaucoup de femmes, le parcours d’intégration dépasse largement les obligations légales. Il constitue un espace social, pédagogique et informatif, où apprendre la langue, comprendre le fonctionnement des institutions et découvrir les ressources locales se combine à la possibilité de rompre l’isolement.
Mariam explique : « J’étais très isolée en arrivant. J’habitais seule et ne parlais pas le français. Le parcours d’intégration m’a permis de rencontrer du monde et de mieux comprendre mes droits et les services disponibles. »
L’intégration devient ainsi un véritable levier d’émancipation, permettant de construire des repères, de gagner en autonomie et d’envisager de nouvelles perspectives personnelles et professionnelles.
Adapter l’accompagnement aux réalités des femmes
Conscients de ces défis, nous proposons un accompagnement souple et adapté à chaque situation :
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Aménagement des horaires de rendez-vous
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Possibilité de venir avec ses enfants
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Recherche de cours en journée ou à distance lorsque c’est possible
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Prise en compte des contraintes familiales et personnelles
Pour Yelena, ces adaptations ont fait une différence : « Au début, je dépendais beaucoup de mon mari pour les déplacements et les démarches. Aujourd’hui, je me sens plus autonome et plus sûre de moi. »
Chaque parcours est unique. Notre objectif est de permettre à chacune d’avancer à son rythme, dans des conditions réalistes et adaptées à sa vie quotidienne.
Soutenir l’intégration des femmes : un enjeu d’égalité et de citoyenneté
Accompagner l’intégration des femmes étrangères, c’est renforcer leur autonomie, faciliter l’accès à l’information et aux droits, et contribuer à rompre l’isolement. L’intégration ne se limite pas à l’apprentissage de la langue ou aux démarches administratives : elle ouvre le champ des possibles, permet de se projeter dans l’avenir et favorise l’égalité des chances.
Parce que derrière chaque parcours se trouvent des trajectoires de vie, des projets et de ressources à valoriser, le CRIBW s’engage à ne laisser aucune femme de côté.
Qu’est-ce que le Parcours d’Intégration ?


